Situé au cœur de la ville d’Alençon, à l’angle de la rue Anne-Marie JAVOUHEY et de la rue Jullien, le Centre Psychothérapique de l’Orne traite la maladie mentale sous toutes ses formes.
Dépôt de mendicité, asile d’aliénés, hôpital psychiatrique : le chemin a été long du 18ème siècle à nos jours. Aujourd’hui le CPO ne ressemble plus guère à ce qu’il a été…

C’est en 1774 qu’est décidé la construction d’un dépôt de mendicité, par le Baron Antoine JULLIEN, il fera appel à l’architecte Jean DELARUE qui sera chargé des plans. Cette hôpital sera destiné à « enfermer les mendiants, vagabonds et gens sans aveu, pour servir aussi de maison de force, afin d’offrir un refuge, tant aux malheureux frappés d’aliénation mentale qu’aux mauvais sujets. Les filles sans mœurs, les enfants insubordonnés etc. y seront aussi enfermés »

Ces derniers, mal nourris, mal vêtus, frappés et enchaînés, seront enfermés dans des cachots humides et infects. Les deux sexes seront confondus, couchant par terre sur la paille rarement
renouvelée.

Durant cette même période, on construira la Chapelle. Celle-ci, est achevée en 1781 et dédiée à Saint-Antoine de Padoue. Sa forme rotonde originale rappelle le Panthéon de Rome. Elle est portée par 8 colonnes surmontées d’un dôme et éclairée de 8 croisées. Les vitraux provenant des ateliers de Chartres sont remarquables, notamment grâce à leurs couleurs vives. La chapelle est située au centre d’un ancien cloître. Avec la cour d’honneur, elle est inscrite aux monuments historiques depuis 1974.

Après la construction de la chapelle, on construit quatre bâtiments perpendiculaires tout autour. Quatre couloirs couverts relient l’ensemble… Une conciergerie est installée de part et d’autre de l’entrée, bien en avant du bâtiment.

L’ingéniosité de la construction du « bicêtre » permet de circuler sans avoir à sortir des bâtiments. Ces derniers se répartissent sur deux étages, des cours fermées se trouvent devant chaque pavillon et des arcades ouvrent sur la cour interne. L’administration actuelle en faisait partie…  

A l’image de bien d’autres dépôts de mendicité, l’organisation des lieux rappelle celle d’un cloître. C’est d’ailleurs à des religieuses que l’on va confier l’administration du dépôt…

Au fil des ans, en raison de l’augmentation de la population, le dépôt de mendicité s’agrandit. Et de nouveaux bâtiments sont construits, le bicêtre se transforme en asile. L’aliéné est alors un individu qu’il faut enfermer et surveiller, pour sa sécurité comme pour celle de la société. Chaque pavillon reçoit une catégorie spécifique de malades (tranquilles, gâteux, dangereux…). Les bâtiments s’organisent donc de façon très méthodique et précise, les hommes d’un côté et de l’autre les femmes.
En avril 1791, les sœurs arrivent du couvent de Sées. On leur confie la direction intérieure du Bicêtre.

 1792 : Départ des sœurs qui refusent de prêter serment civique. Elles sont remplacées par des entrepreneurs et des geôliers. Sous la révolution, le dépôt de mendicité se transforme en prison et la chapelle abrite le tribunal Criminel de l’Orne.

 1801 : retour de 6 sœurs.

 Janvier 1810 : un directeur est nommé ainsi qu’un garde magasin et un receveur. Ils surveillent les sœurs qu’ils tentent de remplacer. Elles s’en plaignent dans une lettre auprès de la Duchesse d’Angoulême.

 1819 : 2ème départ des sœurs

 C’est en 1828, qu’’Anne-Marie JAVOUHEY, fondatrice de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny, prend la gestion de l’établissement.

Elle se rend au dépôt de mendicité d’Alençon. Horrifiée par le spectacle qui lui est montré, elle nous donne sa vision : « c’est une maison composée de 80 aliénés des deux sexes et de 40 ou 50 autres malheureux. Cette maison était dans un état déplorable depuis de longues années. Il y avait au moins 15 furieux qu’on n’osait aborder qu’avec la force armée. Plusieurs d’entre eux ne portaient aucun vêtement depuis 2 à 3 ans. Ils avaient des barbes jusqu’à la moitié de la poitrine, ils se fourraient dans la paille comme des chiens en poussant des cris et des hurlements. On trouva le cadavre d’un aliéné mort dans sa loge depuis quelques jours sans que personne s’en fut aperçu ».

Dès le lendemain, elle décide de rester avec quelques sœurs. Faisant preuve d’un dévouement et d’une gentillesse sans égale, les religieuses réussissent à calmer les malades, à les habiller et à rétablir l’ordre dans la maison. Certains malades arrivaient même à travailler dans les jardins, ils ne voulaient voir personne sauf les religieuses qu’ils regardaient comme des anges. De loups furieux, ils sont devenus des agneaux…

Durant 143 années, les religieuses de la congrégation St-Joseph de Cluny ont organisé la vie interne de l’établissement.

C’est l’existence d’un idéal religieux qui permet une transformation radicale des conditions de vie du dépôt de mendicité. Grâce au charisme d’Anne-Marie JAVOUHEY, à son sens de l’organisation, l’asile fait peau neuve, les malades sont plus calmes. 

La vie s’organise en fonction des règles religieuses. Les conduites et les comportements sont dictés par la morale religieuse qui s’intègre dans les bases du traitement moral. Les sœurs se consacrent avec le même dévouement au fonctionnement de la pharmacie, de la cuisine, de la lingerie, de la buanderie et de la ferme…

La ferme occupa une grande place au sein de l’asile. Certains patients participaient à l’entretien du jardin et de la ferme. C’étaient pour eux un moyen de s’échapper quelques heures de leurs pavillons, mais aussi thérapeutique.

Il est vrai au début du siècle, un immense jardin s’étend sur une grande partie du terrain de l’asile. De nombreux produits (choux, carottes, poireaux, pommes de terre, fruits divers ou à cidre) sont ainsi cultivés, récoltés par les malades. Ces produits son consommés sur place, ce qui permet à l’asile de vivre en autarcie. Il y avait aussi de nombreux animaux (porcs, brebis, vaches, poules) sur le site de MONTFOULON.

Un pécule était versé tous les mois aux malades et certains avaient le droit à du cidre pendant leur repas.

Les produits sont consommés pendant plusieurs années sur place, l’asile a ainsi vécu en grande partie grâce à ses ressources « une ville dans la ville ». Différents métiers se développent : serrurier, cordonnier, couvreur, maçon, porcher, boulanger etc.

Mais après la seconde guerre mondiale, et surtout dans les années 1960-70 ; l’activité de la ferme commence à décliner. Le jardin se trouve réduit par les nouvelles constructions, la prise en charge à l’extérieur se développe. De plus, avec l’évolution de la société et des mentalités le travail des patients, à cette échelle, est considéré comme une forme d’exploitation abusive. La modernisation de la gestion hospitalière rend caduque la production alimentaire en interne.

La société se transforme, les idéaux aussi. Le XXème siècle va connaître de grandes évolutions, la création d’un statut pour les infirmiers, les deux guerres mondiales, la mise en place d’un concours pour les infirmiers et par là-même une revalorisation de leur fonction, l’avènement de la psychiatrie et l’instauration des psychothérapies.

La vie asilaire se transforme en vie institutionnelle. Les médicaments deviennent de plus en plus performants ainsi que les différentes techniques de soins. L’arrivée des neuroleptiques en 1952 va révolutionner la vie de l’hôpital. A la fin des années 1960, l’idéal religieux est remis en cause….

De 18 sœurs à l’origine, à plus de 60 juste avant la seconde guerre mondiale, elles ne sont plus que 11 à leur départ en 1971. A cette occasion, la Mère Provinciale rappelait « il nous faut partir….parce que les vocations se raréfient. Et parce qu’une maison comme celle-ci exige de plus en plus un personnel qualifié et spécialisé que nous n’avons plus ».

Il y aurait beaucoup à raconter encore…. Grâce au travail du personnel soignant et administratif, le Centre Psychothérapique de l’Orne continue de vivre pour les patients, l’histoire n’est pas terminée, a nous d’écrire la suite…

« Seule l’histoire n’a pas de fin »
(Charles BEAUDELAIRE)

En 2018, le Centre Psychothérapique de l'Orne a décidé la création d'un comité du patrimoine afin de préserver la mémoire de cet héritage. Le comité projette la création d'un musée qui accueillera objets et témoignages du passé.

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