© Centre Psychothérapique de l'Orne 2014 

UN PEU D'HISTOIRE...


La Congrégation St Joseph de Cluny a été présente au Centre Psychothérapique de l’Orne de 1828 (arrivée d’Anne-Marie Javouhey) à 1971 (départ des dernières soeurs). Elle a connu plus de deux siècles d’évolution, du dépôt de mendicité à l’asile, de l’hôpital psychiatrique au centre psychothérapique. Elle a traversé plusieurs époques, suivant les avancées de la médecine et de la psychiatrie avec dévouement et générosité.


C’est en 1828 qu’Anne-Marie Javouhey se rend au dépôt de mendicité d’Alençon. Horrifiée par le spectacle qui lui est montré (à cette époque le dépôt est sous responsabilité civile, il accueille aussi bien les insensés, que les vagabonds et les détenus, ainsi que les enfants insubordonnés...), elle décide de rester avec quelques soeurs. Faisant preuve d’un dévouement et d’une gentillesse sans égal, les religieuses réussissent à calmer les malades, à les habiller et à rétablir l’ordre dans la maison. Durant 143 années, les religieuses de la congrégation St Joseph de Cluny ont organisé la vie interne de l’établissement.

C’est l’existence d’un idéal religieux qui permet une transformation radicale des conditions de vie du dépôt de mendicité. Grâce au charisme d’Anne-Marie Javouhey, à son sens de l’organisation, l’asile fait « peau neuve », « les furieux se changent en doux agneaux ». La vie s’organise en fonction des règles religieuses. Les conduites et les comportements sont dictés par la morale religieuse qui s’intègre dans les bases du traitement moral. Les soeurs se consacrent avec le même dévouement au fonctionnement de la pharmacie, de la cuisine, de la lingerie et de la buanderie.

 

Mais la société se transforme, les idéaux aussi. Et c’est le XXème siècle qui va connaître les plus grandes évolutions : la création d’un statut pour les infirmiers, le front populaire, les deux guerres mondiales, la mise en place d’un véritable concours pour les infirmiers et par là-même une revalorisation de leur fonction, l’avènement de la psychiatrie et l’instauration des psychothérapies.
La vie asilaire se transforme en vie institutionnelle, le gardien en infirmier psychiatrique. Les médicaments deviennent de plus en plus performants ainsi que les différentes techniques de soins. L’arrivée des neuroleptiques en 1952 va révolutionner la vie de l’hôpital. A la fin des années 1960, l’idéal religieux est remis en cause.

 

De 18 sœurs à l’origine, à plus de 60 juste avant la seconde guerre mondiale, elles ne sont plus que 11 à leur départ en 1971. A cette occasion, la Mère Provinciale rappellait : « Il nous faut partir...parce que les vocations se raréfient. Et parce qu’une maison comme celle-ci exige de plus en plus un personnel qualifié et spécialisé que nous n’avons plus ».

 

Soeur Marie (Liliane Bengloan), 1965-1971
« La communauté se trouvait en haut du bâtiment dans la cour d’honneur, c’est à dire au premier et deuxième étage du centre de formation. Les soeurs qui se trouvaient dans les services dormaient auprès des malades : c’étaient des cloisons en bois qui nous séparaient des dortoirs de 50 malades...la nuit quand il y avait des soins et que les veilleuses de nuit n’arrivaient pas à maîtriser les malades, elles venaient nous chercher en pleine nuit...Il n’y avait qu’un cabinet de toilette pour nous et les malades, tout au fond du couloir. On avait une cuvette pour faire notre toilette qu’on vidait dans un seau qu’on vidait à son tour dans les toilettes. Nous étions 4 soeurs dans la même chambre, séparées par des rideaux. C’était la belle époque! »

 

Docteur Veyres, médecin-chef, de 1941 à 1962
« Chez les soeurs, il y avait la Supérieure qui était surveillante dans le service des femmes, assistée d’une adjointe. Des soeurs étaient chefs de quartier et avaient des infirmières sous leurs ordres. L’ennui, c’est que dans certains quartiers, des soeurs n’étaient pas d’un niveau suffisant. Je me souviens d’une en particulier que j’avais réprimandée et que je ne voulais plus voir. Pourtant la supérieure avait la tâche de nous envoyer que des soeurs d’un certain niveau, nécessaire. Mais elles se recrutaient et se débrouillaient toutes seules. »

 

Extrait de "CENT ANS DE PSYCHIATRIE DANS L'ORNE"

 

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